Les cinquante ans de l’UNTEC                                                          Un bout d’histoire à travers une carrière                                                           du métreur à l’économiste

Avant propos .. Cette partie de carrière écrite et livrée surtout à l’attention de nos jeunes générations, les anciens s’y retrouveront pour leur part, met au jour les différences qui ont caractérisé nos conditions de vie professionnelles très étroitement liées à nos contextes de l’époque, nos possibilités familiales, nos moyens d’études souvent réduits.

 

Que nos jeunes économistes  puissent considérer, comme je n’en doute pas, l’âme de notre profession autant que nous l’avons fait  et encore prolonger la valeur de celle-ci, sachant agréger les capacités et avantages de chaque partenaire des opérations et ainsi maintenir la reconnaissance du véritable chef d’orchestre que nous sommes et de nos jours, indispensable à toute opération. Maintenons la reconnaissance de l’homme pluridisciplinaire qui relie et coordonne la substance des spécialistes et guide constamment les meilleures solutions dans l’intérêt du chantier à tous ses stades.

 

Mon histoire, volontairement nourrie des aventures difficultueuses qui m’ont touché, n’est pas le fruit d’un ego surdéveloppé (bien que fier de mes actions), mais plutôt le fait de pouvoir narrer à cette occasion, des « d’épopées » propres à colorer notre aventure professionnelle, depuis les chambres syndicales, à l’UNTEC et l’OPQTECC. Il s’agit ni plus ni moins de ce que nombre d’entre-nous ont vécu, subis, endurés pour progresser et arriver aujourd’hui à une pleine reconnaissance du métier et de nos nombreuses fonctions. Les anciens se reconnaîtront dans ce contexte et à travers les lignes qui vont suivre.

 

Les détails du récit permettent, entre ou dans les lignes, de comprendre et d’apprendre que l’on n'a jamais rien sans rien, en particulier pour ceux partis de très bas. La persévérance et la pugnacité, le sens de la recherche et de la découverte amènent au succès, nous entraînons, à chaque victoire honnêtement gagnée, toute la profession avec nous. Cela dit qq. détails du récit pourraient être utiles maintenant ou plus tard .. à ceux qui voudront bien prêter attention.

 

Vous remarquerez dans le texte des allers/retours, passant d’une période à l’autre, nécessités, m’a t’il semblé par le fil technique de la narration plus que par les périodes, lesquelles sont toujours rappelées du mieux possible dans ce fil, justement pour ne pas le perdre. C’est avec toute l’indulgence que vous voudrez bien m’accorder qu’il est donc possible à un piètre plumitif de démarrer ce récit.

 

Vous pourriez devoir supporter à ce propos, de longues et trop longues phrases, .. Ce n’est pas un livre devant être remarquable, mais une histoire que je raconte un peu comme au coin du feu. Vous aurez en conséquences, à prendre souvent votre respiration le plus profondément possible avant de vous engager sur la phrase suivante.

 

Préambule :

 

En feuilletant mes documents archivés, je me suis rendu compte que bien des confrères que j’ai eu la chance de côtoyer lors de nos réunions à Paris, en Régions ou pendant nos agréables, instructifs et joyeux congrès et qui étaient en charges de responsabilités syndicales … étaient nés avant 1940, cette révision pour l’occasion vient de me troubler, comme une découverte, moi le petit jeune de 1946 … tout nouveau en sept 1977, empressé de me faire accepter par cette organisation des métreurs-vérificateurs que je venais de découvrir … à Nice.

 

Je choisis d’écrire ce bout d’histoire pour les cinquante ans de l’UNTEC à travers ma propre aventure professionnelle accrochée tout au long, à celles des autres et grâce aux autres, mais qui ressemble à celles de beaucoup d’entre-nous. Ce «démarrage libéral» est à l’opposé de nos économistes actuels diplômés, étant passés par des formations structurées jusqu’à, pour certains d’entre eux, obtenir un diplôme d’ingénieur .. Bravo pour la mise à niveau de notre profession, je me souviens de la mise en place de cette formation diplômante EIFAC engagée dès 1985/86, il y a d’autres filières depuis. C’est bien là, le fruit de l’engagement de nos instances visant opiniâtrement une marche sur ce podium tri-partite de la construction.

 

Il a manqué à notre génération, mais tout compte fait chez la plupart des autres professionnels aussi, la culture générale et l’approfondissement des mathématiques pour échanger plus honorablement  avec les ingénieurs spécialistes et les architectes dans le plus grand intérêt de nos Maîtres d’ouvrages. En regardant le côté positif de notre parcours, je dirais que nous nous sommes bien rattrapés par notre sens de la difficulté vaincue, par l’engagement et la pugnacité qui ont caractérisé les métreurs vérificateurs, ce sont là nos bases solides indispensables au métier et tant recherchées par nos partenaires de la construction. Sans aucun doute, cet état d’esprit à permis la consolidation d’une passerelle avec les générations qui suivent.

 

Je saute volontairement le passage de ce métier de métreur vieux presque comme le monde, il est le premier pilier de notre construction et Gilbert Grandtrait a rédigé un opuscule édifiant sur le sujet. J’y ajouterais l’observation de l’époque de la franc-maçonnerie opérative émergeante au moyen-âge autour des grands chantiers des Cathédrales que je considère comme l’un des piliers confortatifs de notre métier au cœur de toute la corporation de ses inlassables bâtisseurs (il faut trois piliers de source sûre, pour un équilibre parfait,.. l’UNTEC et l’OPQTECC, seraient les deux autres ?). Les .:. compagnons de l’époque, puis un peu plus tard les compagnons du devoir ( histoire à développer) relèvent encore et toujours aujourd’hui le défi du travail bien fait … je suis fier à l’instar de cette corporation d’avoir eu le respect de mes clients ( cent fois sur le métier … ) en demeurant un artisan de l’ingénierie et c’est le cas de la plupart de nos confrères, en effet, tous les dossiers « passaient par mes mains », ce qui priva mon bureau d’une extension certaine sur le territoire.

 

De nos jours l’économiste de la construction est mieux préparé à la compétition nationale inter-professionnelle et peut offrir à coup sûr un dialogue plus pertinent à ses interlocuteurs. Les fonctions diffèrent à présent, les besoins de la société ne sont plus les mêmes par ailleurs.

 

Mission accomplie ! , aux initiateurs qui ont su être les «catalyseurs» de notre profession, René Huart le premier sans lequel notre organisation ne serait pas parvenue à ce stade, les relais ont suivi avec la rage de faire avancer notre profession, Verd, Grandtrait (Pt de FNMVC), celui-ci ayant présenté le projet d’un organisme de qualification dès 1962, l’OPQTECC, vous connaissez ? , … et à vous plus tard nos leaders, les infatigables Présidents successifs de nos chambres syndicales devenues l’UNTEC en 1972  ou de cet organisme l’OPQTECC, lequel contribua indubitablement à consolider l’appréciation nationales de nos compétences …, et sur le fil des deux organismes, je me souviens d’Hervet, Minangoy, Voutay, Gouvernaire, puis Plagnol, Ménard, Méganck qui s’est épuisé à la tâche, Gouel, Mit, Charpy, et plus proche de nos jours Asselin, Demesson actuel Président en charge que je n’aurais connu à mon âge, qu’à travers nos revues, .. dur de quitter la scène, mais il faut savoir, chantait notre Aznavour ..! .

 

Encore un nom .. Jean-Pierre Tohier ! et je sais que j’en aurais oublié d’autres, Jean-Pierre tant par ses engagements OPQTECC que par l’exemple et la trace laissée par l’importance de ses affaires qui n’ont pu, avec certes d’autres cabinets, qu’élever la reconnaissance de nos interventions et l’efficacité de nos fonctions.

 

Puis, le monde de notre organisation professionnelle est vraiment riche, il y eut ceux de mon temps qui furent nos « commis » dans le bon sens du terme, fidèles à notre cause, cultivés, imaginatifs et dévoués démarcheurs de notre profession auprès des plus hautes instances nationales, ministères et grandes administrations donneuses d’ouvrages ou décisives dans l’évolution des réglementations .., je cite Michel Carré (et Anne-Marie son épouse) , Martial Monbeig-Andrieu son sérieux mais son humour imbattable munis de ces valeurs là, il avait entre autres décroché un voyage « Qualité » d’une semaine à Saint-Pétersbourg offert par EDF (je raconterai et c’est promis, qq. bons passages avec les noms au 100 ans .. de l’UNTEC ), Mickaël de Cambourg ( 2012 ou 2014) nous a également efficacement servi.

 

Et pour tenter de finir, ce qui me paraît impossible, les successifs Présidents de Régions qui nous ont gratifiés comme en passant un relai d’année en année, en confirmant notre utilité auprès des différents acteurs de la construction, apportant la pierre indispensable à cet édifice presque achevé .. qu’est l’UNTEC.

 

Je rends hommage à notre ex-Président Départemental, Gilbert Martel décédé (94 ?) à la suite d’une chute d’un échafaudage pendant le contrôle du ravalement de son immeuble et copropriété à Nice. Il avait accédé à l’échaudage à partir de la fenêtre de son bureau … !  Que de belles années passées sous sa houlette jusqu’à l’organisation du congrès niçois avec une soirée époustouflante au Marineland, mais malgré tout, mauvaise fin de soirée pour Pierre Voutay  accroché violemment par une voiture à la sortie … !

 

Un cheminement laborieux pour ce métier à travers mon propre parcours :

 

Recruté à la sortie d’études effectuées par correspondance ( ETMS Paris ) après un simple CAP de ferronnier d’art et un BEI de charpente métallique ( très utiles pour connaître le pouvoir des mains), entrecoupées du service militaire, (23 mois dont 7 allongés à l’hosto ..) à l’équipe de ski du 15/9 de Briançon .., math sup et spé, cours poussés de résistance des matériaux, plus un cursus en faculté pour acquérir un certificat délivré par le CNAM.

 

J’étais modestement paré avec toutefois de solides bases techniques directement utiles et efficaces. J’ai eu la chance de pouvoir postuler sur un chantier gigantesque (1971) pour le nouveau siège d’IBM. Le Directeur de travaux m’a choisi sur un seul critère ajouté à notre entretien et à défaut d’un sérieux diplôme .. => la consultation de mes livres d’études !. qu’il m’avait demandé d’apporter lors d’un premier contact téléphonique. Il me dit en qq instants, « vous êtes embauché ! »  Voyant ma surprise il m’a confié qu’ayant vu la pile de mes documents salis, et presque usés, il en concluait que je ne pouvais être qu’un rude travailleur, le reste que je n’avais pas, n’était pas pour lui la valeur la plus sûre ! il avait certainement raison car ce poste nécessitait un réel acharnement, j’allais tout découvrir avec plaisir.

 

Sans l’être encore dans cette étape, j’avais déjà l’âme laborieuse d’un métreur-vérificateur ..Le déroulement en continue de cet extraordinaire chantier ( 1500 ouvriers TCE) réalisé en 3xhuit heures quotidiennes et pour ma part de 7h à 20h x 6j (je dois dire qu’en plus du contrôle des travaux d’une dizaine d’équipes de corps d’état secondaires, je calculais les ventilations d’heures affectées aux taches prévisionnelles du gros oeuvre, d’autant que certains faisaient jusqu’à 370h par mois !, Heures positionnées et calculées avec une Facit à manivelle ! (pour ceux qui ont connu), avancer et reculer à chaque dizaine des chiffres, ne vous marrez pas les jeunes, c’est une question d’habitude et aussi d’une certaine admiration pour son patron), samedis compris avec une pose d’une heure me convenait et satisfaisait ma passion de la découverte «du chantier», le nombre de cas vus et enregistrés sur la durée d’un tel chantier est déjà très formateur pour engager sa carrière.

 

Passionné en presque tout et depuis pour cet horizon professionnel, je n’ai pas hésité à abandonner la montagne et le monitorat de ski… pourtant mon essentiel de l’époque, j’avais 25 ans, j’ai pu compenser cette perte sportive par l’acquisition de mon rêve, une R8 Gordini. Il y a toujours des satisfactions possibles.

 

J’ai vu et appris des techniques diverses exceptionnelles nécessités et offertes par l’envergure et les délais ou le rattrapage d’erreurs ( percer des murs de 80 cm avec une lance thermique à 8000°.. ou couler des planchers de 40cm d’épaisseurs en continu avec accélérateur de prise,  bâchés et chauffés, une aire de préfabriqués lourds 24h/24 etc.. ), mais aussi la rigueur d’une démarche qualité édictée et contrôlée par 8 ingénieurs venus des US, ce qui inspira par ses principes mes futures années en la matière et l’écriture de référentiels « qualité » pour les concours d’architecture. La coordination complexe était accrochée ici aux systèmes de planification Pert, animés par un excellent jeune ingénieur centralien. Réunion chaque jour avec la plupart des entreprises, la réunion de Direction avait lieu en plus une fois par mois, l’architecte New-yorkais Marcel Breuer venait régulièrement examiner la qualité de ses remarquables et complexes modules de façade et l’avancement du chantier.

Belle tablée au resto de la Gaude ces jours là .. J’ai connu mes premières côtes de bœuf à point dans ces occasions et le plaisir procuré par la décontraction de nos dirigeants.

 

L’entreprise était la SAE, elle ne recrutait que des centraliens pour ses Directions techniques .. J’étais pour ma part tout petit mais apprécié, ils m’ont tous beaucoup appris, ce qui fut moins le cas un peu plus tard dans le monde des indépendants, mêlé aux architectes ( niçois) souvent sans considération pour notre fonction/métier, et c’est bien ce qui a présidé à mon envie de progresser au plus loin possible, l’âge a finalement été mon maître plus tard, je lui ai cédé.

 

Cette solide formation technique, mais aussi riche de relations humaines, s’est poursuivie dans une autre entreprise après la construction d’un deuxième grand chantier SAE que fut l’hôpital intercommunal de Fréjus-Saint Raphaël où un millier d’ouvriers oeuvraient, j’avais ici, la grande fierté d’avoir été promus adjoint au conducteur de travaux, le Directeur étant le N° 1, j’avais la responsabilité de l’ensemble des sous-traitants au nombre de 600 pendant un an et demi, le Ministre de la santé était venu visiter longuement le chantier. Mes connaissances en matière de passations de marchés et de discussions du « bout de gras », gestion des approvisionnements et situations de leurs travaux par spécialité, ont présidé à ma formation, je ne pouvais plus m’arrêter .. c’était trop stimulant.

 

Les grands chantiers SAE sur le littoral étant achevés, je fus licencié pour ne pas être replié sur Marseille au siège, un mariage m’attendait par ailleurs sur Nice, elle ne connaissait pas la suite ..

 

C’était l’époque où l’on ne restait pas un jour au chômage si l’on avait vu venir le dénouement. Je fus donc embauché qq jours après ce licenciement par un grand promoteur-constructeur de la côte …. En qualité de coordinateur sur 2 grands chantiers de logements comme nous n’en voyons plus, avec deux tranches de 1500 logts sur Nice et Mandelieu.

 

L’apprentissage de la conduite de plusieurs dizaines de corps d’états regroupant environ 500 ouvriers sur chaque chantier façonne et parachève correctement, surtout avec un monstre autoritaire à la tête de l’entreprise. J’ai reçu là ma première leçon d’abnégation même si je ne restais pas longtemps son employé. Je dois reconnaître que la méthode permet de mieux apprécier les bons patrons que j’avais eus auparavant et plus tard. J’ai même dû apprendre, avec ce tortionnaire, à conduire, en plus de ma douzaine d’heures quotidienne, les grues à tour de 15 niv. pour permettre les approvisionnements pendant les absences éventuelles d’un grutier. ( un jour il m’a dit .. Vous ne travaillez pas assez vite, vous devez donc faire plus d’heures, .. c’est vraiment stimulant … ! mdr  ).

C’est toutefois mieux de nos jours sur ce plan .. , je ne regrette pas cet exercice pour autant.

Je décidais de quitter six mois plus tard l’entreprise … et son patron qui m’a pourtant appris et servi, je ne lui ai pas dit, car il devait le savoir, un bourreau de cette envergure sait tout en lui sans aucun enseignement nécessaire.

Pour mon profit et expériences vécues dans ces conditions difficiles, les problèmes perpétuels des entreprises, les relations avec elles à chaque instant ne s’apprennent dans aucune école.

 

Sans aucune période de chômage à nouveau, j’avais le choix entre un poste de conducteur de travaux à Abidjan pour y construire des lotissements ou .. Entrer en qualité de conducteur de travaux en titre chez Chauffour-Dumez, un ténor français du BTP, mais rodé à l’international avec de très grands chantiers d’autoroutes, ponts, barrages, villes nouvelles. Je choisis de rester à Nice avec ma famille, .. déjà en cours d’évolution.

 

Chez Dumez le conducteur de travaux devait «sortir» ou gagner son futur chantier, tant en discussions préalables avec les promoteurs que par les études de prix que j’avais appris à dérouler en sous détails, déboursés secs, étude détaillée jusqu’à la moindre consommation des quincailleries et coffrages, huiles etc ..,  pour expliquer avant remise de l’offre au patron (encore des centraliens) attentif et réactif, comment l’entreprise pourrait vivre avec cette opération, coefficients, frais de siège et d’agence, aléas etc .. avec une recherche dès cette étape, des meilleurs prix de fournitures assortis d’engagements préalables avec les fournisseurs. (La méthode de ventilation horaire avec la Facit assumée chez SAE prenait tout son sens ici). Cette méthode depuis largement abandonnées était laborieuse, mais permettait à ce responsable total de contrôler ses prévisions, de justifier par un compte d’exploitation mensuel et .. de rectifier en plus comme en moins en vue des prochaines études et gagner !.

 

C’est aussi à cette époque là que je me rodais aux bienfaits de la série centrale des prix de l’architecture… Les clients peu regardant acceptaient les devis de travaux supplémentaires ou réclamations établies souvent après coup, grâce à cette série (édition de 1969) que l’on faisait « suer » selon l’expression consacrée. Et si vous possédez cette série vous remarquerez qu’au milieu des personnalités ayant apporté leur concours à l’édition de 1977, outre de nombreux métreurs vérificateurs, celui de notre ami et confrère Gérard Bornet spécialiste électricité MVS.  C’est dire .. alors que je balbutiais, Gérard oeuvrait déjà pour l’UNTEC .. Bravo Gérard tu as fait un sacré boulot tout au long de ton parcours… et de plus, tu continues.

 

Je me suis largement inspiré de cette série de prix par ces principes, lors des créations de nos futures bases de données.

 

La méthode d’établissement des offres d’entreprises basées sur simples ratios a remplacé celle-là. Il fallait compter un mois très complet pour aboutir à nos résultats, la peur au ventre d’échouer l’offre .. Là encore la recherche d’activité de l’entreprise ne descendait pas au-dessous de 500 logts ! Tout a bien changé et j’ai remarqué que 20 logts étaient déjà un bel espoir de nos jours ..

 

La Dumez (16000 employés à l’époque 1970) s’est du coup convertie, un peu comme Bouygues, face à l’effondrement du niveau des opérations françaises, on a appelé cette parade la diversification, dommage, nous avons de ce fait commencé à perdre des métiers.

 

L’industrialisation des produits finis a suppléé aux compétences artisanales perdues, ce qui a réduit en un sens le coût des chantiers en diminuant la main d’œuvre. Les temps venaient de changer radicalement pour le monde du bâtiment. Seuls les TP et l’international ont permis à ces entreprises de continuer à progresser.

 

La récession dans la masse des opérations sur le sol français me value un dernier licenciement début 77 avec la possibilité de m’expatrier en Arabie Saoudite. Dumez était retenue pour construire une autoroute assortie à la création d’une ville base-vie pour ce colossal chantier. Un peu lassé par les changements de situation, malgré le pont d’or offert par l’entreprise,  pour information/comparaison, épouse et enfants compris dans le déplacement, avec un salaire déjà supérieur à la normale, triplé dont un tiers payé en France net d’impôt ( acrobatie devenue bien entendu impossible depuis .. ) villa, voiture de fonction et frais de vie remboursés - ouf ! .. J’ai envie de dire, après avoir constaté le changement dans la dégradation des conditions salariales, bien que là ce fut exceptionnel.

 

L’effet du choc pétrolier de 74 encore actif m’a conduit à mes premiers mois de chômage en 77. Ma villa, mon chantier familial étant en cours, il me fallait trouver rapidement une solution de recyclage, ( j’ai donc rapidement traversé la rue .. ) car en effet les propositions locales étaient lointaines des habitudes données par ces belles entreprises que je venais de connaître. J’ai rencontré par l’intermédiaire d’un artisan devenu ami, un métreur de Saint Laurent du Var, tout proche de Nice. Alex Castagnola ! Qu’elle belle découverte je faisais en entrant dans son cabinet. Pas de luxe, mais des boiseries qui sentaient bon le bois ciré, laissant deviner le goût de mon hôte pour l’ancien et surtout des tas de dossiers classés ou en cours .. Alex pris avec un grand plaisir, le temps de m’expliquer son métier, ouvrant ça et là certains dossiers pour imager ses propos.  Il me dit que je pouvais en faire autant très rapidement et que je pourrais compter sur lui pour me dégrossir dans les approches.

 

L’activité libérale … le métreur

 

Mi-sept 77 je m’inscrivais à la chambre de commerce soulagé de me débarrasser des ficelles de l’ANPE, merci à cet organisme, mais voler seul est plus enivrant.

Le bureau fut installé sommairement dans ma villa inachevée, comme beaucoup d’entre nous en copiant les goûts de mon Maître Alex. Rapidement cette démarche me conduisit à l’inscription et participation à la Chambre syndicale et je me souviens encore des sourires accueillants de Roger Noailly, Aldo Meini ou encore  Gilbert Martel qui fut notre Président plus tard. ( je remets une photo ci-dessous ne comptant pas moins de 28 confrères de cette époque, mais qu’est ce qu’ils ont vieilli .. eux).

 

J’ai donc pu m’activer pleinement, je lançais sans tarder 200 lettres ciblées aux donneurs d’ouvrages locaux, déclinant mon parcours. Après dégrossissage des opportunistes cherchant surtout un pigeon débutant à ne pas payer sous quelconque prétexte ( je crois que ça existe toujours … ), j’ai pu vérifier la règle des 3% de succès qui m’ont permis de découvrir ce métier d’indépendant, ses joies et ses affres aussi .. D’abord les syndics de copro, j’ai appris à soutenir parfois le mensonge devant les copropriétaires démunis.

 

« Bon début, j’ai beaucoup appris icij’ai même surpris une « formation » faîte par un artisan à son apprenti en entendant sans le vouloir, sous le châssis d’accès au toit d’une copropriétéil disait : tu vois on a réparé le plomb de la souche, mais va soulever cette tuile là-bas, ils vont nous rappeler à la prochaine averse .. J’en ai vu bien d’autres, et plus conséquentes depuis, .. simplement autour d’une table – Débusquer le mensonge a été mon cheval de bataille d’AMO très apprécié un peu plus tard par mes Maîtres d’ouvrages, justement lors des mises au point de grands projets avec les entreprises générales en conception-réalisation, avant la MOP – les représentants du MO, alors que je demandais dans ces grandes réunions, la parole après avoir écouté l’entreprise et l’architecte défendre mordicus leurs promesses, , me disaient quelque chose comme « à vous dellapina » c’est dans ces moments face à l’entreprise épaulée par ses ingénieurs spécialistes qu’il fallait pouvoir contrer efficacement, je louais pour ces occasions, ma formation pratique et mon parcours essoufflant, mais salvateur – C’est bien ce qui a consolidé ma position d’AMO polyvalent dans le récit qui va suivre, dont les honneurs ont également été partagés en Régions avec toute la profession grâce à cette fonction nouvelle renforcée … (84/85 pour les débuts AMO).

 

Puis revenant à 1977/78, au bout de cette recherche débutante, les architectes et maîtres d’œuvres locaux (du 06 - avant validation de leur assimilation maîtres d’œuvre à architecte ), avec de grandes joies mais aussi des déceptions, et on apprend toujours, même du pire.

On se souvient toujours de certaines rencontres .. Un entrepreneur de gros oeuvre « midi Bâtiment » qui se prit d’affection pour moi débutant avec des difficultés à joindre les deux bouts ..surtout du fait des impayés, il voulut m’installer dans son bureau gratuitement, à Nice centre et me donnait ses affaires à sortir. Avant de reprendre possession de ma villa enfin finie, je lui remettais une belle affaire en mains, de quoi satisfaire sa trésorerie pour qq temps car il dépensait beaucoup, l’argent ne comptait pas, même dans ses négociations de marchés. Grâce à une étude complexe TCE réalisée en sous détails de prix, que je dus montrer intégralement et commenter à la demande de l’excellent architecte parisien André Cousin, mon ami Georges Cechettini ingénieur structure par ailleurs, à été convoqué par l’architecte patron de ce chantier de rénovation totale de six niveaux destinés au luxe en centre ville pour la caisse de retraite des notaires. André Cousin a dit, devant l’assistance d’une trentaine de participants qu’il ne connaissait que cinq entreprises en France capable d’établir une telle étude. Nous étions évidemment beaucoup plus cher que les autres, plus de 20% .. Je suis certain que le maître d’ouvrage n’a pu regretter son choix.

Georges, .. dit « Jojo du vallon » car il habitait au vallon Barla à Nice et était un joyeux luron lorsque, tous les samedis en fin d’après midi il partait rejoindre ses potes à Saint Martin Vésubie pour une fête hebdomadaire copieusement arrosée ( j’en ai assumé qu’une seule pfff). C’était très drôle, il y avait, le boulanger dit la boulange un peu grassouillet, le buraliste avec ses moustaches d’aviateur, le souriant pâtissier, un promoteur dont les Corses de l’époque venaient de faire sauter la maison niçoise « pour non-respect du littoral ajaccien » (disait sommairement un mot accroché sur son portail, intact lui)… ( la loi littoral est arrivée sur le continent plus tard, mais sans les bombes ). .. et parfois le Maire un bon vivant, Monsieur De Caqueray, qui de bouche à oreille me confia la maîtrise d’œuvre de son futur centre de secours à SMV, PC compris, on avait peur de rien à l’époque, tout s’arrangeait avec la confiance, dans le respect.

 

L’opération caisse de retraite m’ayant fait largement connaître au sein des caisses parisiennes, j’héritais deux ans plus tard, d’une seconde luxueuse résidence pieds dans l’eau à Saint Jean Cap-Ferrat le DELCLOY, puis juste à coté la réhabilitation de l’hôtel BELFORT ( propagation d’ondes bénéfiques), prouesse des délais de réalisation compte tenu de la masse des travaux, mais de techniques aussi car à réaliser en 4 mois, nuits seulement partielles comprises (car on ne fait pas ce que l’on veut sur Saint Jean Cap-Ferrat). Notre bureau était coordinateur, dure tâche, mais de bonnes entreprises retenues sur un autre critère que le prix  ont accompli le miracle. Mon fidèle confrère/ami Aimé Pomero était au pointage sur place à 100% et à la production des solutions anti-dérapage. Mission accomplie 4 mois pile.

 

Mais aussi, au long de ces missions de démarrage, j’ai reçu le recours de petits artisans parfois en guerre contre un promoteur. Celui-là était venu me trouver pour que je m’oppose à son promoteur sur les hauts de Vence, un lotissement, toutefois défendu par un gars, beau, jeune ( enfin paraissant jeune ), bronzé dont je n’avais pas encore compris le nom. Devant le parti pris un peu abusif des adversaires je m’arc-boutais pour avoir gain de cause et rétablir l’équilibre de la situation de mon artisan, pas brillante du tout. Oui, ça y est ça me revient, l’assistant opposé était André Boucheteil le métreur, skieur, navigateur, dragueur et déjà constructeur en herbes, qq temps plus tard, malgré toute la haine qui nous opposait, nous décidions de créer le GIE IGEC,.. Bon, l’objectif était de se grouper pour proposer aux MO un ensemble mieux structuré, Max Carmino était des nôtres.

Nous avons fait plus de fêtes que d’affaires.

 

A l’occasion de la création du centre Nice-Etoile, grand centre commercial en centre ville, les promoteurs se sont engagés dans une démarche bien compréhensible de l’établissement judiciaire d’un état des lieux complet de la centaine d’immeubles environnants. En effet, le battage de palplanches sur 5 niveaux de sous-sols avec rabattage de la nappe phréatique présente à moins de deux mètres devait anticiper les réclamations futures. C’est un vieil architecte expert près le TG de Nice Paul Cimitera, qui me contacta par l’intermédiaire de Jojo du vallon ( Ha ils en avaient fait ces eux là ensemble !!! – j’adore les histoires des vieux, maintenant j’écoute les miennes ). Je me suis donc organisé dans un petit prix car l’archi n’était pas large, et je m’en suis bien sorti  n’étant pas encore dépensier à l’époque .. Compte tenu des avertissements écrits à fixer dans chaque immeuble deux à trois jours avant, je réalisais environ cinq immeubles de trente à quarante appartements dans mes journées, le lendemain était consacré à des synthèses et recoupements auxquels j’agrafais les photos Polaroïd ( oui oui, faut avoir connu ça pour comprendre la difficulté, une qui sèche délicatement entre les doigts, l’autre en prise sur l’objectif, le cahier et stylo tenus comme possible etc  ). Je ne pense pas avoir passé plus d’un mois, comptes rendus périodiques au maître compris. Visiter chez les gens c’est plein de surprises, mais je vous épargne les anecdotes truculentes, on verra pour les cent ans de l’UNTEC c’est encore promis.

En définitive ce genre d’exercice est très formateur par le nombre de désordres approchés dans l’ancien et permet de mieux apprécier la dégradation des matériaux, à confirmer par de nombreux autres diagnostics, cette fois sur des bâtiments publics avec une autre vision. 

 

Puis dans ce démarrage encore, je travaillais avec qq. promoteurs privés, sans bénéficier d’un bon circuit et tant mieux car j’ai été littéralement accaparé ( ~1980) par la Direction des  services des hôpitaux niçois ( qui avaient eux aussi reçus mon courrier – je venais d’établir les lots architectes du nouvel hôpital de Menton la Palmosa grâce à Henri Gremeret dit Riton par le renommé groupe 3B pour ceux qui ont connu ces 3 là ( Palais des congrès de Cannes ) - qui me payaient peu, mais m’amusaient beaucoup par leurs finesses d’esprit ). Cette référence à bien entendu conforté les Hôpitaux  niçois.

 

 J’ai pu enfin donner ma pleine mesure avec quasiment carte blanche (métreur chef d’orchestre !, Ça doit faire rêver de nos jours), pour l’ensemble des réhabilitations de services au rythme d’un nouveau plateau par mois (~2000 à 4000 m² ), j’en ai reçu ~30 avec qq autres missions de Direction de travaux. J’avais du travail jusqu’aux dents !, avec la Direction des conceptions, responsables des ingénieurs intervenants en sous-traitance, structure, électricité, réseaux hydrauliques, livraison de plans spécifiquement annotés pour faciliter les repérages propres à la réalisation de ces restructurations lourdes (un système de légendes en croix de Saint André que seul un métreur peut savoir imaginer à force de voir des erreurs commises par faute d’incompréhension des plans ). Je recevais sans mise en concurrence les nouvelles demandes, un devis détaillé toujours raisonnable et en dessous des services rendus (apparemment) suffisait à l’administration. C’est dire l’état d’esprit qui régnait à cette époque, la réglementation à déboulé vers 1985/86. Face à des concurrents dévoreurs d’affaires et à cette nouvelle mise en concurrence, j’ai préféré renoncer aux Hôpitaux niçois en déclinant les nouvelles demandes d’offres concurrencées, ayant bénéficié de 5 ans de pur bonheur dans la confiance, je ne voulais pas être soumis à des offres conditionnées par le prix .. le plus bas !

 

Comment le métreur a pu s’en sortir … ? Car j’ai cheminé ensuite quasiment sans jamais être mis en concurrence avec les plus grands Maîtres d’ouvrages publics, ces dispositions sont toujours venues d’eux-mêmes (mais chutt ça reste en famille ), jusqu’en 2007 moment de mettre à exécution mes droits à la retraite - Et  si vous avez encore un peu de patience, je vais vous l’expliquer un peu plus bas.

 

Voilà pour revenir à 1978, armé d’une farouche envie de faire passer des innovations et passionné d’informatique à peine balbutiante et toujours encouragé par mon Maître Alex déjà installé avec l’un des tout premiers ordinateurs Olivetti ( floppy disk) écran d’une seule ligne de 40 caractères … je m’endettais de 80000 francs HT, hors imprimante (1978) pour m’équiper ( ce n’était pas fini, car ayant rencontré Roger Pichou ingénieur structure à Grenoble je m’équipais encore d’une table traçante A0 et de son logiciel CAO ) il n’y avait aucun programme métier, Pichou avait développé lui-même ce monstrueux logiciel sur un VAX 44 qui occupait 4 m², en 1983.. La facture était lourde 1000 000 de francs et la SOVAC, organisme financier sollicité, nous avait fait l’honneur d’une visite à la maison pour en discuter …. Une femme de la Direction, qui m’a laissé une forte impression par sa prestance, à voulu tout savoir et nous a demandé d’étaler comptabilité, objectifs, affaires en cours … et nous voir nous ! Mon épouse et moi-même.  Lorsqu’elle est repartie, sur le pas de la porte elle s’est retournée et nous a dit, je vous écris en rentrant, votre crédit est accepté. J’avais envie de l’embrasser, mais ma femme étant jalouse …

 

Je m’inscrivais donc dès 1978 aux cours de l’IAE de Nice, dans l’intention d’écrire deux logiciels qui plus tard une fois achevés ont permis de faire remarquer mon tout petit bureau  .. La prof, devenue plus tard amie intime après ce passage qui souda nos familles, me voyant presque somnoler pendant les cours après 20 heures, me demanda avec une extrême douceur après l’un de ses cours, que cherchez-vous ici … alain ? Je lui avouais que pour payer mes remboursements, je m’étais engagé sur une opportunité auprès d’un bouillonnant expert comptable ( pied noir inénarrable et très attachant ) à lui automatiser ses 200 feuilles ( prenez votre respiration avant de lire c’est long …) de paie et journaux annuels attachés avec 120 corporations différentes, du coiffeur, au mécanicien, en passant par l’agent immobilier et bien d’autres professions ( il y avait même un métreur pfff ), animées par des règles de cotisations très variables .. et hum !, Il les voulait pour la fin du mois suivant, ce qui en comptant les nuits laissait qq belles centaines d’heures.

Je n’avais jamais programmé, le langage idéal pour  ces machines était le visual basic ou le cobol.  Maryse, ma prof connaissant mon niveau m’a proposé d’entrer en contact avec son mari ( oui vous savez celui qui a dirigé la refonte de l’informatique du CNRO et de toutes les caisses de retraite dans les années 90.. ! ) Il dirigeait à l’époque 40 informaticiens système, au siège CNRO, car ne l’oubliez jamais les anciens ont eu la pugnacité d’affronter le vide et le besoin, … il fallait même refondre le cœur des systèmes des ordinateurs en fonction de son propre futur usage … Microsoft nous a donné un sacré coup de main dès 1985 avec les micros ( Hewlett Packard et IBM aussi ). ( ce n’était tout de même pas une raison pour faire le coup du vaccin de nos jours .. ).

 

Cet homme de 192 cm m’est apparu dès le lendemain de notre discussion à l’IAE à mon bureau, jour où je compris qu’il valait mieux pour moi abandonner les cours, mais je retiendrais qu’à ne rien tenter … je n’aurais jamais connu mon sauveur. Bon, Jean avait une capacité de perception et de l’analyse extraordinaire, en qq soirées il connaissait notre métier et comme j’ai pu le confirmer tout au long de ma carrière, ce sont les personnes les plus exceptionnelles qui respectent les autres en se mettant à leur portée, sans leur faire sentir.

 

Mes sujets technico-informatiques, après avoir remis à l’expert comptable le fruit de ses rêves qui marchaient à merveille, étaient le traitement des situations de travaux pour de grands chantiers où l’on comptait jusqu’à 30 corps d’état dans une époque complexe avec deux TVA suite à une augmentation, les révisions de prix phénoménales de l’ordre de 1,5% mensuels, remboursements d’avances ou acomptes avec les taux variables de TVA .. Je vous laisse imaginer la complexité des calculs. Jean, que nous avons malheureusement perdu l’année dernière, a réglé l’ensemble des problèmes métier au milieu de l’embarras lié aux faibles possibilités des machines et langages, c’est un tour de force dilué dans de nombreuses Marie-Brizard avec des glaçons, sa boisson préférée, les soirs, les nuits. Ces œuvres d’automatismes m’ont valu d’obtenir les plus grands chantiers de la côte !! j’en ai hérité jusqu’à 15 simultanément dont éditions en plusieurs exemplaires machine, chaque chantier réglé en moins d’une heure par mon épouse ( toujours heureuse ~.. ), à partir des fiches vérifiées sur le chantier, je mettais joyeusement le tampon « vérifié » et apportais dans un geste très marketing orienté sur nos futures relations, les exemplaires à mes archis toujours stupéfaits de la rapidité sans jamais de réclamation pour une quelconque erreur, ils avaient la paix. J’étais payé 0.2% des travaux accomplis, ce qui me permis de finir ma villa et d’acquérir en 86 un 4x4 Mercedes .. Encore un rêve et il est toujours près de moi après 39 ans de fidèle collaboration.

 

L’esprit d’organisation ajouta pour parfaire les automatismes des situations, des fiches préparatoires à l’attention des entreprises en vue d’écarter toute perte de temps à la collecte d’informations. Les quantités étaient basées sur les % d’avancements remis et proposés chaque mois en réunions programmées, (genre, dernier lundi de chaque mois personne ne manquait le RDV sans aucun rappel – pas d’Internet, ni portable à l’époque ), le rappel des % acceptés à la précédente situation figuraient au bordereau. Tous les paramètres étant en machine il restait à opérer la vérification sur les « prétentions d’avancement » acceptés ou non sur place.

De tels chantiers nécessitaient pour un vérificateur, entraîné avec méthode manuelle plus de dix jours de calculs avec des risques d’erreurs bien légitimes, confirmation faîte par notre vieux routard de la situation Aldo Meini éteint depuis longtemps maintenant, .. qq histoires de repas associatifs dans sa chaumière de la Gaude avec photos des anciens feraient une détente mais nous n’avons pas le temps aujourd’hui ...

 

Puis vint ou simultanément plutôt (1981), un autre développement que je m’étais promis, le traitement automatisé de descriptifs et cahier des charges ( CCTP, CCAP et CCAG et DQE non encore automatisé ) il s’agissait de monter l’opération en lot et lignes descriptives correspondantes aux quantitatifs, le montage était puisé dans des lots fictifs et permettait par le choix dans les listes de N° d’articles, d’appeler et de déposer en suites logiques dans les chapitres organisés pour chaque lot. Le travail « intelligent » consistait à se concentrer sur les bons choix techniques propres à l’opération et à adapter qq modifications de textes quand nécessaire à renvoyer ou pas dans la base de données qui comptait environ 5500 textes et libellés de DQE. L’édition, corrections et modifications étaient d’une grande facilité, plusieurs confrères ont acquis cette solution, bien que je ne souhaitais pas commercialiser. Il n’y avait quasiment rien a écrire, tout existait en machine même s’il avait fallu créer ces textes et ajouter les indispensables localisations, nos prix pouvaient rivaliser sans efforts avec les BET dévoreurs d’affaires, le plus grand d’entre eux du 06 a voulu s’équiper de cette solution.

 

Ont suivi après ce rodage, les PV de chantiers ou pour toute  opération longue comportant des besoins de mémorisation d’informations par intervenant avec recherche automatisée dans le temps … Google nous a battu depuis avec ses moteurs de recherches.. mais nous étions là avec un spécifique en 1983. Le bureau s’étoffait avec des associés, ingénieurs structure, Thermicien et informaticien à temps plein au bureau, d’où le sigle SETI de la société, l’allusion aux pyramides de notre en-tête pouvait préfigurer notre préoccupation pour une franche pérennité de nos futurs ouvrages …l’économie a toujours prédominée dans nos objectifs auprès des maîtres d’ouvrages auxquels je souhaitais fournir des offres complètes et techniquement cohérentes, y compris pour l’analyse des concours où les ingénieurs du bureau pouvaient se pencher ça et là sur certaines particularités des projets, sans mission officielle.

 

L’AMO .. et l’informatique

 

L’UNTEC aura été mon tuteur, je pense toutefois avoir contribué à la profession et à ma façon dans l’ensemble des étapes franchies, plus par mon coté technique et par la nature des missions d’AMO que je décrochais en portant le flambeau de la profession, bien plus que par le côté du syndicaliste.

J’aurais été un syndicaliste peu actif malgré ma participation à de nombreuses commissions pendant une dizaine d’années ( 88 à 98) en Régions ou à Paris à l’inoubliable rue Percier pour l’UNTEC et au Bd de la Tour-Maubourg dans l’immeuble cossu de l’OPQTECC, où nous étions toujours reçus comme des Princes par la Maîtresse des lieux, Annick Lepenant. C’est bien dans ce bureau que nous avons décidé de créer la qualification « AMO », j’accomplissais déjà des missions de préparation de concours d’architecture, je fut un des deux ou trois premiers qualifiés AMO, s’il fallait en faire une compétition. Jean-Pierre Tohier m’avait mis le pied à l’étrier en me m’étant en relation avec la SCIC qui devint SCIC/AMO séduite à l’époque par ce terme appliqué sur mes en-tête (84/85) .. La SCIC avait délégué la Directrice de son service informatique jusqu’à mon petit bureau de Saint Pancrace sur les hauteurs de Nice pour assister à une démonstration de déroulement des situations automatiques de travaux .. et d’analyse concours automatisée.

 

Ce lycée parachuté par Jean-Pierre et géré par la SCIC se trouvait sur l’île de la Réunion, je préparais et suivais en qq années 14 autres lycées et universités ou équipements culturels à Saint Denis et sur toute l’île pour le compte de la Région, .. C’était parti pour mon plus grand plaisir, merci Jean-Pierre .. Fort de ces références je démarrais aussi une collaboration avec les services Départementaux et les Régions Martinique et Guadeloupe, en plus de vingt ans de collaboration avec les services, ces îles n’ont plus eu de secret .. La gentillesse et déférence des Antillais m’ont toujours donné un goût nostalgique au retour. J’ai participé à une trentaine de projets concours de plusieurs natures de constructions, palais de justice, théâtre, équipements sportifs et les premiers grands parkings souterrains, mais aussi au développement de référentiels de construction propres aux particularités de ces îles, mais encore une étude menée avec mon bureau portant sur les disparités économiques entre la Métropole et ces Iles. Cette étude value aux Présidents de Région et du Conseil Général une conséquente augmentation de leurs subventions par la Métropole, j’en fus remercié.

 

Tous les paramètres pouvant influer ont été étudiés, il est ressorti de mémoire, un surcoût des réalisations de 53% de plus qu’en Métropole. Bien entendu l’objet de l’étude a été pour le Président de Région et le Département associé, de décrocher de nouvelles subventions rehaussées. Notre bureau à été plébiscité par l’administration. Nous avons hérité de l’ensemble des projets au stade des diagnostics quand il s’agissait de réhabilitation et de préparation et organisation des concours pour les opérations neuves.

 

C’est ainsi que je pouvais quitter les batailles d’offres citées plus haut qui s’engageaient désormais avec les hôpitaux niçois, sans regret, car une nouvelle dimension s’ouvrait grâce toujours à qq lettres ciblées aux MO de Métropole et DOM, mais les moyens ont changé.

Par ailleurs le travail étant toujours porteur, le patron d’un grand bureau d’études niçois qui venait d’acquérir et admirait notre logiciel CCTP et SITRAV ( situations de travaux), après nous avoir envoyé ses collaborateurs à tour de rôle en formation, il proposa mes services à la Direction des services techniques du conseil Général du 06. J’ai eu la faveur de préparer tous leurs concours d’architectes ainsi que de promouvoir le premier collège HQE à Saint Etienne de Tinée, collège préparant les compétiteurs de skis. Le service me confia encore le programme de diagnostics de l’ensemble des collèges et équipements sportifs du Département

 

Chemin faisant .. avec la stimulation de la commission informatique UNTEC ( ~1986 et plus ) à la rue Percier (j’ai qq épisodes sur ce plan mais pas de suite ..), les contacts avec l’irremplaçable Philippe Reber à tous points de vue et son équipe, je renforçais mon envie de développements, sans doute au détriment des recherches d’affaires que je laissais arriver toutes seules. Mon deuxième sous-traitant Aimé Pomero s’installait dans mon bureau, Monique Paillard, première sous-traitante avec qui un premier RDV à Grasse pour se reconnaître grâce à une rose à la main .. et voyant sa tête j’ai su de suite que nous ferions un long chemin ensemble. Ils m’ont sacrément aidé ces deux là !

 

Philippe REBER était  très en avance sur le thème de l’estimation prévisionnelle et avec son informaticien (sur P60 Olivetti aussi), il organisait en Régions à distance vers 1980, des démonstrations de calcul en connexion grâce à un modem ( dont j’ai oublié les principes ), mais une réunion tenue dans les salons d’un bel hôtel de Cannes ( un confrère de Toulon assumait les transferts et présentation ), la progression des calculs était « pas à pas » et étroitement lié au bon vouloir de la ligne téléphonique. Nos confrères actuels en changeraient de métier !.. Mais l’estimation TCE est sortie enfin des tripes de cette machine incroyable pour l’époque, le SESIA naissait. Bravo Philippe ceux qui t’ont connu connaissent ta valeur !

 

Jamais la moindre sensation de rivalité entre Philippe et moi-même, nous avons toujours œuvrés pour le mieux de tous et pour la profession, et surtout … nous avons bien rigolé.

 

Devenu enragé par la poursuite des développements en cours, le logiciel rapidement sur pieds grâce à Jean ouvrait des perspectives aux traitements des préparations et analyses de concours d’architecture .. Idée germée après ma première expérience sur un groupe scolaire du Cannet en 1983, « tout fait main » était bien, mais méritait un meilleur « jus » pour les maîtres d’ouvrages et les concurrents également, une analyse complète rendue en synoptique avec de quoi engranger des statistiques sérieuses en arrière plan pour les études de faisabilités. Ces études seront engagées par des quantités clés lors des programmations fonctionnelles. (Toute une histoire en tandem avec le cabinet Menighetti programmation, des centaines de projets-programmes pour les ministères, Régions et Département ou nos cahiers des charges imposaient l’obligation pour les architectes de contracter avec des économistes indépendants qualifiés AMO et EI., J’ai longtemps et souvent écrit cette obligation dans les règlements de consultation. Ces obligations messagères conduisant à des résultats probants pour les Maîtres d’ouvrages se répandirent en qq années à tous les concours, mais pas seulement) .

 

Mon confrère et ami Pomero a donc tout naturellement été chargé dans un premier temps du recueil d’une liste systématique des ouvrages empruntée à la méthode rouge de l’UNTEC, puis adaptée et complétée pour notre usage, enfin raccordée à un système informatique ingénieux ( j’ai peur de rien .. allez dites le ), notre fichier a compté 4600 articles codifiés que nous sélectionnions par groupe pour soumettre une liste de matériaux à compléter par chaque concurrent pour les concours … remis sur disquettes 5 pouces dans le règlement. ( Cette obligation a vraiment ennuyé les archi, apparemment ils m’en voulaient un peu, la réaction me value de ne plus travailler sur des projets de conception et de rester toujours du coté du Maître d’ouvrage, l’AMO ! - choix restreignant les possibilités, mais plus correct pour ne jamais avoir à contredire un partenaire architecte suivant le coté de la barrière duquel j’opérais).

Pomero a pu penser à un moment que sa tache était terminée après ce fichier qui le mobilisa plus d’une année, ben non ! Nous avons en tandem enchaîné cette base de données sur la recherche des coûts liés au vieillissement sur trente ans de chaque matériau courant dans un contexte de conception. Nous avons adjoint et agrémenté la méthode de coefficients d’accélération de vieillissement possible face aux conditions d’un projet, littoral, montagne ou particularités.

 

Nos 4600 articles selon liste systématique ont été raccordés à cette notion de coût global automatisée de façon indispensable du fait même du nombre de calculs et mises en tableaux synoptiques à soumettre aux services des maîtres d’ouvrages (pour preuve de qualité de chaque projet). A cette époque j’ai commencé à organiser des formations sur le coût global à des techniciens des administrations et même en Martinique, un stage de trois jours avec les Directions et services techniques où nous avons, avec ma collaboratrice, vécus des fous rires mémorables, les Antillais ne peuvent jamais cacher longtemps leur bonne humeur. Bien entendu, outre le grand plaisir procuré nous avons laissé une véritable empreinte profitable pour notre bureau, mais aussi pour les confrères qui ont pu suivre ce mouvement. J’ai entrepris avec la joie que vous pouvez imaginer des formations sur le sujet avec des confrères en Régions ou à notre bureau de Cannes dès 1989. C’est à partir de ces nouveautés que les Antillais m’ont écoutées avec beaucoup d’attention, et sur mes dires ils ont commandé un référentiel spécifique TCE aux constructions sur les Antilles, .. Pour l’exemple je leur avais suggéré d’imposer aux concours une limitation des surfaces vitrées sous peine de rejet du concurrent et une attention particulière aux expositions, aux toitures etc ... En effet avant ces dispositions qu’ils ont souhaité draconiennes, des projets parvenaient en effet sur l’île avec des murs rideaux comme l’on voit dans les grandes villes européennes ( et Paris) sans tenir compte du climat – ces projets ont dû être placardés après coup par les utilisateurs, de climatiseurs en façade, parfois des listings papier suspendus collés sur les hauts vitrages et c’était une réalité, les toitures étant en bacs acier généralement et non des toitures circulables ne pouvaient recevoir les terminaux… de même pour s’adapter à l’économie de la Région nous avons demandé au moins deux niveaux de construction afin « d’amortir » le coût des fondations et des toitures, personne n’y pensait, les économies accomplies ont été considérables pour des projets tout aussi attrayants. Ces mesures ont rejoint notre référentiel de la qualité applicable dans d’autres mesures à la Métropole.

 

Je peux dire sans prétention, que les travaux de notre bureau ont ici poussé à une franche et meilleure considération des économistes au point de faire un peu d’ombre aux deux autres partenaires de l’acte de bâtir, je me sentais déjà un peu plus à l’aise dans les relations.

Etre considéré et écouté en qualité de conseil est une satisfaction sinon une finalité.

 

La propagation de cette méthode de calculs d’estimations prévisionnelles (Esticoût chez SETI, Estima chez SESIA ), ne faisait aucun doute pour les donneurs d’ouvrages. La juxtaposition de la notion de coût global à l’estimation traditionnelle à été très bien accueilli ( d’ailleurs pour le même prix ! les calculs étant automatisés à qq spécificités prés et engagés grâce aux reports fait par les concurrents ). Les clients ont été extrêmement attentifs à ces nouveaux critères technico-économiques en termes de choix des projets Lauréats. Il n’en a pas été de même de la part d’une grande partie des concurrents qui rejetaient au début la méthode en refusant de répondre sur nos supports …. J’ai passé les années 85 à 92 à rabâcher les principes de modernités qui permettaient d’obtenir une meilleure vision du véritable coût de chaque opération lauréate !!

C’est l’appui inconditionnel de chaque maître d’ouvrage concerné qui a permis de vaincre cette barrière.

 

C’était enfin un fait entendu et nous avons pu engager, assister la programmation fonctionnelle, imposer notre profession et cette méthode sur plus de 400 concours d’envergure passés entre les  mains de la SETI sur toute la France à travers Ministères justice, culture, santé, sports etc .. et bien entendu pour les Régions, SEM, DDE, les lycées, universités, écoles spéciales, ouvrages spéciaux, cyclotron, mais encore les grands PK en sous-sol etc. ou des projets avec les plus grands architectes français, le Lycée ITER où j’ai eu le plaisir de connaître et de forger une relation avec Rudy Riccciotti ou le grand auditorium d’AIX et bien d’autres avec des architectes internationaux.

 

Ouvrages de prestiges pour les grandes villes de France, nouvelles Mairies, Médiathèques, stade nautiques, Théâtres, projets urbains Métros, etc , aménagements pour les gares SNCF, l’observatoire de Nice et bien d’autres encore.

Entraîné par Menighetti programmation, notre bureau a pu intervenir sur Clermont Ferrand pour la réhabilitation du palais de justice, les universités puis … rencontre exceptionnelle sur le nouveau lycée de Clermont en 1990 pour laquelle nous avons lancé la programmation et le concours façon AMO moderne. J’ai eu le plaisir angoissé de présenter cette analyse devant le Président Valerie-Giscard d’Estaing que l’on a vu arriver en retard dans la salle (ce qui est normal pour un grand de ce monde), courbant sa tête pour franchir la porte (là aussi c’est normal), l’assistance ne comportait pas moins de cinq politiques du gouvernement, dont Pierre Méhaignerie. Après notre repas et félicitations du jury pour notre travail d’équipe, VGE à l’issue de la délibération a demandé à faire venir le candidat Christian Hauvette. C’est très ému et réservé que celui-ci  a reçu la décision de ce jury, il venait d’être déclaré Lauréat de ce superbe projet voulu par le Président de la République !. L’architecte reçu une franche poignée de main de VGE, puis des autres. Christian Hauvette, grand prix d’architecture, malheureusement disparu depuis, pleurait en prononçant qq. mots … sa sensibilité naturelle accrue par l’émotion nous a tous touchés. Ce passage de ma carrière ne peut s’oublier, tant par le coté technique de l’opération que par le coté humain et la récompense d’avoir été mêlé à ses sensations fortes, ce récit a sa place ici..

 

La QEB dans la construction et les projets

 

J’aurais pu arrêter là mes dépenses d’énergies et me laisser vivre sur ces acquis durables,

Mais je fus dans les années 94/95 coopté par Gilles Olive animateur énergique de la mission interministérielle de la qualité des constructions. Cet atelier de réflexion constitué qui a compté une quinzaine de bureaux d’études de tous domaines, (dont deux femmes architectes de Toulouse), se réunissait à Paris et a été imaginé au sortir du sommet de la terre de 1972 tenu à RIO et concrétisé par les accords de KYOTO de 1997, vit enfin sa concrétisation.

 

Nous avons planché sur les « fameuses » 52 cibles de la qualité environnementale et leurs définitions en vue d’une écriture d’un référentiel destiné à imposer des mesures à toutes les nouvelles constructions publiques françaises. J’ai eu la joie et l’honneur .. ! D’écrire plusieurs référentiels éclatés dans chaque corps d’Etat ou fonctions organique, avec le concours d’ingénieurs spécialistes, mon bureau s’étant à nouveau étoffé d’associés entre temps. Très engagé dans les pré-projets, la programmation fonctionnelle aux cotés de Jean-Claude Menighetti, que je considère être le père de la programmation fonctionnelle et urbaine moderne en France ( nous lui devons une sacrée avancée en termes d’organisation et de reconnaissance même de notre métier, depuis les premières villes nouvelles de Cergy-Pontoise ou de Marne la vallée etc ( il y en a eu 5). En effet, accompagné de sa force de persuasion nous avons rabâché aux plus hautes instances nationales ( Ministères mais aussi aux Présidences de Régions et Départements, JC Men, avait des entrées dans ces endroits privilégiés,  d’avoir à intégrer un économiste qualifié dans tous les concours, ce qui n’était pas le cas auparavant, et ce à toutes les étapes des projets et des réalisations. Ce bon précepte à fait son chemin sans bruit sur nos exemples et résultats que nous offrions à chaque opération, en qq. années ).

 

Avant de quitter la QEB et l’équipe de Gilles Olive j’organisais avec son concours une visio conférence entre le Département Martinique et le service de France Télécom de Sophia seul équipé pour ce faire dans le secteur (1996). Une trentaine de participants de notre coté et autant coté Ford de France, avec le Président du département Claude Lise, les Directions des services et mes interlocuteurs habituels .. ayant raccordé le décalage horaire ce qui n’est jamais simple à cadrer pour tous à la fois, j’ai pu expliquer avec l’intervention préalable de Gilles, tout l’intérêt de la démarche et des meilleurs effets qu’elle devait avoir sur la conception moderne et respectueuse de l’environnement mais aussi des usagers et utilisateurs.

La réussite de cet exercice hors normes pour l’époque, nous a encrés pour longtemps.

 

J’ai remis au siège de l’UNTEC la suite de cette représentation à poursuivre au sein de la QEB pour les années suivantes, je ne suis pas certain que mon successeur ait ressenti le véritable enjeu pour la profession, je n’en ai plus entendu parler, mais le nouveau hotspot de la construction était lancée comme l’a souhaité le patron, Gilles Olive. Les plus grands donneurs d’ouvrages ont bientôt souscrit à cette démarche qui s’est étendue comme l’air du temps à toutes commercialisations confondues ( je veux dire, même pour les chewing gum) au risque de galvauder passablement cet état d’esprit, qu’il ne convenait pas d’appliquer à des fins  commerciales à toute chose.

J’ai contribué grandement à cette valeur nécessaire au monde du bâtiment pour l’avoir ressenti dans mes fibres. Cet engagement à pour moi-même pu compenser mon piètre coté syndicaliste.

 

Nous avons bien entendu propagé directement à tous nos clients publics ces réflexions technico-économiques – parallèlement nous engagions des démarches «Qualité» en suivi de travaux sur les plus importantes réalisations, pour autant qu’il y ait une entreprise générale de bon niveau. La Région centre a été la première intéressée par l'expérimentation de cette mission sur le Lycée EG de DURZY (15000m²), Claude Constantini architecte (grand stade de F) et Bouygues réalisateur, 16 jeunes assistants contrôlaient en permanences l’avancement et le respect de la démarche qualité. J’ai pu forger correctement mon référentiel au vu des réactions de chaque intervenant.

 

Force est de constater que le métier de métreur que je pratiquais au début avait évolué, comme bien entendu d’autres confrères dans des domaines différents, ce métier venait d’évoluer, vers et dans les fonctions de l’économiste AMO que nous sommes devenus en taillant notre place vers ce podium qu’avaient visés nos pères, .. et nous y sommes aujourd’hui.

 

Notre potentiel d’activités est infini dans notre métier et ceux qui ont choisi notre corporation ne seront jamais sans horizon. Nous gagnons tous très bien notre vie, profitons-en.

Sans gloire à ce propos je citerais,  une souriante réflexion tirée par notre très regretté Martial Monbeig un soir où il nous invita avec qq unes de ses relations et des confrères niçois, je me souviens là, même d’un magistrat, lorsque garant ma Mercedes AMG nacrée noire ( ! paradeur, non !, amoureux de vitesse, oui )  sous sa superbe maison de Roquebrune Cap Martin, face à la somptueuse cité monégasque illuminée .. S’adressant impersonnellement aux autres, il dit les bras en évidence … ça, c’est les économistes !… Et oui nous aimons les belles voitures et ..aussi la féminité, même si le défaut nous oblige à vieillir trop vite par l’énergie qu’il faut y consacrer.

 

La QEB à été propagée de partout où nous avons pu le faire, mais sans les moyens du WEB inconnu à cette époque, (un site dédié aurait été bienvenu ..)  C’est une fois de plus en Région Centre qu’elle a  été arborée, Louis Jacquand venait de prendre ses fonctions de Directeur des services techniques des lycées ( ~120 ), Les informations remontées à la Présidence et à l’occasion d’un besoin d’un nouveau lycée, nous avons été chargé de programmer un établissement HQE. Au titre de ce nouveau lycée agricole de Bourges. Nous avons pu organiser une équipe pluridisciplinaire de programmation avec qq. bureaux choisis dans l’équipe de Gilles Olive, dont nos deux jeunes femmes architectes. C’était une première, qui m’amène, pour marquer à nouveau les différences et leurs tolérances de nos époques, une nouvelle anecdote étrangère bien sûr et en tout point avec la démarche qualité ! ..

Devant rejoindre Bourges depuis Nice, départ vers 18h avant la fermeture du bureau, je m’empressais sur l’autoroute, de nuit sous la pluie, quand arrivé à la hauteur de travaux peu avant Bourges vers minuit, j’aperçois un grand flash dans le rétroviseur d’autant plus visible que je venais d’entrer dans un tunnel. .. Personne sur la route, j’ai poursuivi en tentant de me rassurer sur le fait que le Directeur du SGAP avec qui notre bureau travaillait sur les hôtels de police et écoles du 13, 06 et 31, pourrait peut-être faire une intervention, enfin peut-être ..

 

Ma réunion à Bourges avec tout le staff régional étant terminée le lendemain vers 16h, je me repliais en sens inverse. En arrivant dans l’autre sens descendant au point du tunnel de la veille, Je repérais un poste de police mobile. Je me suis arrêté sur la voie d’urgence .. déjà interdite, puis je suis remonté vers la brigade, très poliment et confus, j’ai expliqué qu’hier soir, pressé de rejoindre l’hôtel en vu d’une réunion importante avec les Directions du Conseil Régional et le Président ( là ce n’était pas tout à fait vrai ..pff  ) et que pour ce faire je devais encore terminer mon dossier dans la nuit, je roulais vite Monsieur l’agent, et j’ai aperçu un flash … le chef de Brigade est entré dans son poste mobile, en ait ressorti 3 à 4 mn plus tard en me disant .. oui vous rouliez vite vous avez été flashé a 195 ( je ne lui ai pas dit, mais c’est parce que je venais de ralentir ), de plus à l’entrée du tunnel en travaux, il pleuvait, bon je vais voir ce que je peux faire me dit-il, … je devais avoir une bonne tête en costume avec une superbe AMG de 400cv. Il est ressorti de sa cabane en me disant sans sourire, allez y, mais faites attention. Ouf ! de nos jours je serais parti directement en prison, véhicule en fourrière, la presse me titrant avec l’assentiment des lecteurs de criminel, avec à la clé une sanction pénale ! car ni la bonne tête, ni le costume, ni la voiture n’émeuvent plus la maréchaussée, voilà, j’en ai d’autres mais je sens que vous en avez assez, je continue donc avec le métier.

 

L’informatique au service des gestionnaires de patrimoines

 

Mais après tout ça, je voulais passer à autre chose. L’informatique, bien qu’encore privée du WEB se développait et commençait à offrir de meilleures possibilités de programmations, je développais depuis 1995 des outils pratiques pour exploiter nos statistiques engrangées à partir de toutes ces catégories de la construction avec une persistante manie de tout décortiquer ( nous avions même des églises ! des ponts ! des ouvrages VRD importants ) et j’ai aperçu qq. années plus tard la difficulté des services des patrimoines des administrations avec leurs marchés récurrents à bons de commandes. Je décidais d’apporter une idée, une solution, enfin peut-être.

 

Avec l’aide de plusieurs jeunes collaborateurs venus du BTS Antibes, lycée que je venais par ailleurs de rénover avec la Région, faisant souvent partie du jury d’examen pour ce bahut, et sollicité à la sortie des élèves pour des embauches, mon bureau a pu s’enrichir à partir de  1990, d’un à deux de ces excellents techniciens. Suite à mon premier divorce ( je vous l’avais dit un peu plus haut .. elle ne connaissait pas la suite ), je réinstallais des bureaux sur Cannes, une belle surface de 260 m² sur un seul plateau à organiser comme je l’imaginais.

Nous avons eu jusqu’à 5 BTS du lycée Léonard de Vinci d’Antibes (Aïno Miquel, Jean-Luc Bichet et Fabrice Bonmarchand sont devenus des confrères battants depuis, d’autres ont préféré rejoindre l’administration), ce sont eux qui lors de nos missions de diagnostics poursuivies pendant plusieurs années avec les Régions pour plusieurs centaines de lycées ou équipements culturels et universités, ont parcouru les milliers de m² – les Régions et certains Départements nous confiaient tout leur patrimoine à visiter d’un coup ( entre 100 et 250 établissements pouvant comporter jusqu’à 10 bâtiments chacun ), à diagnostiquer et chiffrer, ainsi que certaines grandes villes et universités même lointaines ( il a fallu développer un sens considérable de l’organisation pour parvenir dans des temps compatibles et aboutir aux résultats). La plupart de ces clients que nous ne connaissions pas nous appelaient suite à des concertations entre services issues de stages et formations. Les présences aux stands des diverses manifestations professionnelles, salons des Maires à Paris ou en Régions pour les ingénieurs territoriaux en sont des exemples et comptaient dans l’effet marketing de notre société.

 

En ayant élaboré une méthodologie efficace nous allions vite, les associés spécialistes du bureau oeuvraient simultanément sur les mêmes établissements que les généralistes, les statistiques préparées et raccordées à des coefficients correcteurs, nous permettaient de donner rapidement des résultats fiables pour la nature des travaux à envisager et les évaluations, notre collaboratrice imbattable se chargeait de la mise en partition toujours avec succès. Nos clients revenaient à nos services très souvent pour des extensions de missions, ce qui est, dans cet esprit pareil pour tout le monde, bien sûr.

 

Pour poursuivre l’histoire, l’UNSA ( Nice 400 bâts) nous a confiés la charge de programmer en faisabilité technique, la remise à niveau globale des 5 sites universitaires avec mises en conformités réglementaires – la méthode préparatoire nous a permis d’inviter les bureaux de contrôles à des examens sur nos propres constatations qu’ils ont approuvées, évitant leurs visites systématiques. Ce travail a reçu les éloges personnelles de la Présidente Madame Geneviève Gourdet à l’époque ( Plan univ. 2000, l’objectif étant de pouvoir obtenir par démonstration les meilleures subventions du ministère ), laquelle a eu le déblocage sans condition de sa subvention par le Ministère, et moi … reçu dans son somptueux bureau du château de Valrose construit en 1870, ayant appartenu au très richissime Baron Paul Von Derwies. Elle était très satisfaite, le programme a pu avec d’autres intervenants se dérouler comme prévu. Mission de l’économiste assisté par ordinateur accomplie ! Nous n’avons pas fait ce travail pour nous faire plaisir seulement … nous avons laissé une trace durable de notre métier et de nos valeurs, chacun doit ainsi transmettre le flambeau et apporter sa pierre, à soi-même, au métier et à l’UNTEC.

 

Une dernière affaire notable sur les diagnostics, voyons surtout le plan des honneurs rendus. Mise en concurrence ( j’en ai connu malgré mon sale caractère ..), réglementaire par la ville de Nice voulant tabler sur un échantillon de 70 bâtiments représentatifs des 700 qu’elle souhaitait budgéter en termes de réhabilitation et mises aux normes ( en 2000). Des bureaux techniques ont répondu, nous étions à 25% sous le second. Notre travail astucieux et coordonné par notre seul bureau sauf un bureau de contrôle qui nous assistait pour les mises en conformités, a réalisé en moins de deux mois, éditions et dossier en vue d’une projection connectée des résultats et du cheminement de la méthode. L’usage de nos statistiques en la matière a démontré cette efficacité devant l’audience d’une trentaine d’ingénieurs, techniciens et administratifs et Directeurs financiers de la ville. J’avoue que sans le concours de mon assistante, mathématicienne de formation dont elle garda l’esprit, je n’aurais su jongler avec les tableurs programmés et truffés de liens disposés dans une arborescence du patrimoine, nature de construction etc .., comme elle a su le faire, car nous avons eu de nombreuses questions de plus dans la salle. Outre les félicitations de l’assistance, j’ai reçu un mot de remerciement du Maire Christian Estrosi, mais le plus fort a été la question du Directeur général des services curieux de savoir si nous pensions avoir gagné notre vie avec ce travail ! j’ai répondu simplement que oui, très bien et que nous étions près à recommencer, et que nous attendons déjà avec impatience la lettre de commande !

 

La différence du coût provient ( ce n’est pas révolu, c’est toujours d’actualité ) effectivement du fait de ne pas avoir recours à des spécialistes à honoraires variables pour ce genre de prestations. Il faut de plus nécessairement coordonner le groupe avec des pertes de temps considérables de liaisons, reports discussions, et l’avantage de notre recours à l’informatique spécifique.

 

Un métreur expérimenté est un généraliste accompli et pour peu qu’il veuille se documenter et progresser dans les technologies spécialisées, il devient le chef d’orchestre qui saura juste au moment nécessaire trouver le seul bon conseil extérieur pour finaliser ses études. Il est de ce fait, pour des missions techniques et d’AMO en particulier, reconnu le plus compétitif des acteurs du bâtiment. La conception des constructions en équipe de Maîtrise d’œuvre est une toute autre chose et nécessite d’autres dispositions éloignées de l’AMO.

 

Parallèlement, notre message porté à travers les donneurs d’ouvrages sur la démarche qualité faisait son chemin, laquelle était associée à nos expériences en matière de préparation et gestion des concours. La ville de Nice nous confiait bientôt la préparation du projet-programme de la nouvelle Mairie (~55000 m²). Nous nous étions adjoint un acteur ( ADDENDA) précurseur et spécialisé dans la modélisation des projets sur le plan thermo-dynamique. Cette option germée depuis les années passées avec Gilles Olive à la mission QEB, à reçu toute l’attention des Maîtres d’ouvrages en prise avec des projets importants.

Le moniteur des TP a montré les allures de cette gigantesque construction de Nice, qui ne vit finalement pas le jour malgré deux années de gestation active et coûteuse, contre des attaques politiques de l’opposition.

Nous avons pu toutefois et entre-temps nous activer sur ce beau projet concours jusqu’au Lauréat et sa mise au point, avec ce groupement constitué dont nous étions également mandataire sur bien d’autres projets, des Mairies essentiellement, car souhaitant pour des raisons politiques être en avant garde grâce à ces préceptes environnementaux.

 

C’est encore là, les économistes de la construction qui ont porté dès les premiers frémissements, le flambeau des nouvelles technologies de la construction aux services des décideurs. Notre métier, nos fonctions, ont été superbement mis en valeur. 

 

Ajoutons que ces ensembles de missions hors du commun, portaient notre bureau sur les sujets les plus délicats, ainsi toujours la ville de Nice, nous a confié d’un coté les études de faisabilité et programmation technique de réhabilitation du stade de Foot du Ray, qui ne vit pas le jour non plus pour des motifs politiques à nouveau, mais un nouveau stade fut construit à l’Ouest de Nice « Allianz-Riviera ». La ville de Nice nous a encore confié les études concomitantes à l’architecte Marc Barani, pour le premier tramway avec le terminal et ses parkings. Je n’avais connu que les tramways de 1950 qui passait devant chez moi à l’époque au Bd de Cessole et je n’avais jamais pensé à 4 ans, bien que très en avance pour mon âge .. pouvoir sur ces simples visions maîtriser un jour leur fonctionnement ( les émoticones manquent décidément sur cet appareil pour vous faire comprendre à quel point je suis un marseillais galéjeur), négligence sans doute de ma (très jeune) part à ce moment là. Concernant le nouvel équipement niçois, malgré mes carences avouées, je me suis documenté et en discussion avec ce très agréable architecte, nous avons pu avec lui programmer, décrire et chiffrer surtout, sans avoir jamais réussi à freiner son coup de crayon (mais sur la côte il y a des sous vous le savez ..), la masse financière nécessaire du programme avant de confier nos études et son cahier des charges vers un process aux entreprises spécialistes du rail.

 

Quel beau métier, en sachant décomposer les taches comme je l’avais si bien appris chez Dumez, j’ai pu tout au long de ma carrière chiffrer précisément un ouvrage, sans en avoir jamais fait de semblable. Pour l’exemple évaluer le démontage pièce par pièce et son remontage ailleurs,  d’un bâtiment exceptionnel classé aux MH ( un peu comme le temple d’Abou Simbel ), ou chiffrer un pont neuf, des galeries de reconnaissance d’autoroutes, des réservoirs enterrés pour la Cie des eaux etc …nous savons incontestablement tout évaluer avec réalisme.

 

Les marchés à bons de commandes et l’informatique en deux volets

 

Je terminerais le mémoire de ce parcours guidé par notre captivant métier avec la création d’une solution de traitement des marchés à bons de commandes. En rappel il était fait obligation à tous les donneurs d’ouvrages publics d’avoir recours à ce type de marché bien réglementés et l’usage de l’art. 71 du CMP devait être appliqué.

 

C’est avec nos jeunes BTS que nous avons démarrés.  Nous avons pu développer  cette idée germée au contact de nos partenaires de l’administration et créer une considérable base de données afin d’automatiser les bordereaux. Fort de l’expérience du développement des descriptifs vus en 1980, les marchés à bons de commande associés à une méthode informatisée fonctionneraient sur le principe du montage des lots nécessaires à l’entretien particulier à chaque opération. Le WEB n’existait pas encore en 1996 lorsque nous avons, grâce à la ville de Nice, ( et je ne connaissais personne en particulier, je dis ça parce que je sens arriver dans vos pensées les salades niçoises, ouais !), nous avons pu lancer le premier marché à bons de commande informatisé. Il fallait malgré tout réfléchir aux rouages à notre portée technique.

 

Les politiques souhaitant attirer le maximum d’entreprises et l’ampleur géographique aidant, nous avons proposé aux services de découper la ville en secteurs géographiques. Nous avons effectué ce découpage et établi une carte codifiée. On pouvait alors placer 20 lots identiques dans chacun des 7 secteurs équilibrés en volume d’affaires prévisionnelles contenues.

 

Le volet I Préparation et passation des marchés  ( MABOCO I ®)

 

300 entreprises ont demandé le dossier et ont répondu. Nous avons réussi grâce à Jean, fidèle ami informaticien toujours là 18 ans plus tard et passionné pour nous aider, à développer un logiciel (MABOCO ®) en qq. journées dans sa première version, ainsi qu’à  la présence de ma collaboratrice, acrobate de la manipulation délicate, pouvant traiter, le montage des lots par secteur, la préparation des disquettes 5 pouces ( 300 vérifiées ) et en retour la lecture et la mise automatique en tableaux synoptiques des résultats des offres. Une commande « type » permettait de simuler des coûts comparatifs afin de faire apparaître les véritables moins-disants (les entreprises ne connaissaient pas les lignes de bordereaux attribuées aux quantités clés, les connaissant il y aurait eu des reports sur d’autres PU). Ces calculs s’effectuaient en une demi-journée, le plus long étant la manipulation des disquettes ce que nous avons résolu ultérieurement pour de plus grandes opérations. La ville acheta la base de données et la méthode après cette expérience, de façon à disposer de la liberté d’exécuter 4 ans plus tard leurs propres marchés.

Notre base de données comportait alors 3600 articles, mais il fallait augmenter leur nombre que nous avons fini par porter à 35000* codifiés, chiffrés, et quantifié virtuellement pour établir les commandes types lors des analyses, assorties de statistiques pour pointer le plus grand usage de certains matériaux pendent les entretiens ultérieurs (et d’en connaître les coûts).                *compris les lots d’intervenants prestataires intellectuels. et lot cuisiniste.

 

Nous avons réalisé une trentaine d’opérations de ce type pour diverses administrations, villes, conseils généraux dont le plus grand d’entre eux le Dep 59 ( plus de 200 collèges et autres bâtiments qui en dépendent, ce qui a représenté une opération captivante ajoutée aux choucroutes terriblement garnies consommées au centre ville de Lille avec les Directions, beau passage ), mais encore les SDIS, de grandes villes, Bordeaux, Toulouse etc … des SEM et Régions Pays de la Loire, Midi Pyrénées et la Région PACA qui nous fut malheureusement fatale à cause d’une volonté excessive d’un responsable nouveau, lequel souhaitait tout, de suite, dans un marché inadapté qui le dépassait par ailleurs, aller trop vite dans l’ajout que nous ne devions pas, des options informatiques dont il venait de rêver la nuit précédente. Il ne comprenait pas que les développements informatiques nécessitent des temps de tests avant d’évoluer et d’ajouter de nouvelles écritures. Je me contenterais ici d’expliquer la technique mise au point pour traiter et gérer les 200 établissements lycées de la Région pendant quatre ans, sans m’étendre sur cet écueil qui fut le seul de ma carrière, bien que tout fut réglé.

 

Voici les principes qui nous ont valu une file d’attente de plusieurs grands gestionnaires de patrimoines, ne pouvant les servir simultanément à notre trop gourmande Région PACA. Puis le besoin de me retirer un peu fatigué en retraite à mis fin à cette carrière officiellement en 2007, officieusement vers 2011 le temps de soigner l’issue, dommage ce produit non reproduit aujourd’hui fait défaut me semble-il.

 

Après avoir installé les universités de l’UNSA avec cette solution de gestion des marchés à bons de commendes grâce au WEB (en bonne voie dès 2002, bien que nombre d’entreprises et prestataires n’étaient pas installés), nous avons pu proposer à l’AREA/Région PACA une discussion (2003) qui s’est terminée par l’écriture du cahier des charges en vue d’une consultation. Nous avons pour être seul sur ce thème été retenus.

 

Le besoin :

 

Notre proposition à l’administration convaincue par la solution était la suivante :

La Région disposait de 185 lycées dont le patrimoine nécessitait des réparations permanente. La gestion des budgets était impossible à prévoir. Les responsables des travaux éparpillés en Région ne pouvaient  se coordonner, le déclenchement des commandes circulait lentement, les erreurs et inflations qui en résultaient représentaient un gâchis financier. Plusieurs marchés différents d’un département à un autre rendaient impossible toute statistique fiable et progression économique salutaire.

 

Notre proposition a été de faire un marché unique en début d’année civile (2004) pour toute la Région, avec un découpage géographique homogène, un équilibrage financier par une bonne mesure financière liée à l’importance des opérations  en définissant des secteurs géographiques comportant chacun d’entre eux 20 établissements. Une cartographie de 20 secteurs aussi éclairait les services gestionnaires

( des liens sur une carte ainsi découpée permettront plus tard d’entrer à partir du bureau de chacun, dans le secteur, puis un établissement, puis un de ses bâtiments sur le plan de masse, puis dans une classe ou une salle pour connaître la nature des matériaux en place afin de pouvoir discuter des programmes de travaux avec les proviseurs ou leurs chefs. Nous profitions des fiches de typologies émises par la programmation fonctionnelle pour matérialiser tout ceci ; le travail préparatoire est considérable, mais offre à terme une connaissance parfaite de chaque établissement, dans le cas contraire les décideurs doivent déclencher souvent des diagnostics/états des lieux inutilement pour connaître ces infos.).

 

Notre base de données de 35000 art. a permis d’exécuter le montage des lots en présence de 20 responsables des lycées déjà existants. Nous leur avons proposé à travers une projection connectée à notre logiciel et BD vingt lots déjà préparés, le remplissage des chapitres et postes s’est exécuté en temps réel grâce au choix que ces personnes pouvaient nous désigner.

A l’issue, après validation et correction parfois, nous avons préparé 20 disquettes verrouillées que l’AREA a remis à un « tireur de plans, comme nous les connaissions lors de nos appels d’offres traditionnels. Celui-là, sur AIX était avancé et a pu se charger de ce travail délicat,  pouvant supporter des réclamations d’entreprises suite aux reproductions et sélections de lots. 

Il y eut environ 600 entreprises qui retirèrent cette consultation. Les marchés à bons de commandes sont de réelles bonnes affaires pour les entreprises et nous avons eu, compte tenu de la possibilité de répondre à plusieurs lots pour chacune d’entre-elles, 1600 offres/lot  rendues ! Avec les dossiers et références nous avons eu beaucoup de papier à consulter malgré une organisation pour identifier et filtrer les valeurs techniques.

 

Notre exceptionnelle collaboratrice Christine*, a suivi la lecture et la mise en tableaux synoptique automatisée de l’ensemble de ces offres. (*j’ai la fierté et l’honneur d’être l’homme qui a le plus passé de temps avec elle au rythme de 8 à 9 h par jour pendant 15 ans, alors que Gérard son mari remplissait dans le cadre d’une autre démarche qualité des satellites à l’Aérospatiale  cannoise, mais je n’étais pas jaloux ..)

 

Chaque disquette enfilée dans le PC permettait au programme développé par Jean, le calcul à travers la commande type qui sélectionnait finalement avec d’autres critères l’entreprise la mieux disant par lot et secteur géographique. Un gigantesque tableau synoptique édité en A3 couleur matérialisait les résultats pour la plus grande satisfaction des décideurs politiques, mais aussi des services techniques. Ce travail exceptionnel d’analyse des 1600 offres et rendu en trois semaines, vérifications comprises, a été  projeté dans l’hémicycle à la stupéfaction des élus, nous avons reçu les chaleureuses félicitations de la Présidente, ce qui est à mon sens déjà une partie de mon salaire ..

 

Le volet II Gestion des marchés pendant 4 ans  (MABOCO II ® )

 

La partie la plus vivante allait venir, puisque l’ensemble de ces 400 marchés conclus a été transféré, toujours grâce à mon incomparable et inséparable Jean, en vue du traitement des commandes sur le WEB. Notre bureau actif dans le domaine informatique disposait de 2002 à 2005 de trois informaticiens nouvelle génération WEB, nous écrivions depuis qq. temps la version Internet de notre logiciel MABOCO II®, laquelle apportait :

La mise en communication de l’ensemble des 800 acteurs autour des marchés avec des droits d’accès variables selon leurs hiérarchies, avec obligation de visas selon l’importance de la commande en cours, la commande démarrait du chef des travaux, passait par le WEB à l’ingénieur responsable du secteur géographique, qui transférait la demande de devis à ou aux entreprises touchées par le sujet, la ou lesquelles entreprises établissaient leurs devis sur leur PC, le vérifiaient et le mettaient en ligne. Le responsable concerné recevait une notification, se loguait et pouvait dialoguer avec la ou les entreprises, puis déclenchait la commande suivant son importance financière vers l’entreprise avec délai et le service gestion Région qui visait également. A noter que les montants supérieurs nécessitaient le visa de la Direction générale prévenue alors par une notification qui lui était propre.

La comptabilité générale consistait comme du temps de mes bonnes vieilles situations de travaux en 1980, à établir des états financiers TCE par lycée, par secteur et par mois/an Région, mais par entreprise aussi, tout étant en machine.

Pour parachever le principe, toutes les nuits un échange des données s’effectuait entre notre serveur situé chez Mailclub à Marseille et le serveur de la Région. Un équilibrage des entrées sorties s’opérait en comparant l’état des dépenses de la journée et celui des réserves budgétisées. En cas de non-concordance les services Région étaient prévenus par notification pour voter dès le lendemain un approvisionnement budgétaire sur l’établissement concerné.

En outre nous avions proposés une exploitation statistique de chaque utilisation d’articles de réparation de façon à identifier les matériaux qui pouvaient (avant analyse du cas ) se dégrader plus vite que d’autres. Il ne fallait toutefois pas confondre les vétustés des établissements et certains concepts mis en œuvre pouvant être aussi à l’origine de dégradations prématurées.

 

Nous n’avons pu assister au rodage de ce superbe projet pour lequel la durée de notre marché de 4 ans n’a pas été suffisant compte tenu des demandes insatiables de notre responsable projet, les mises en « chantiers » souhaitées par les autres Régions, Pays de la Loire, Picardie, grandes villes etc .. arrivaient à ce terme trop tard pour moi, ayant raté la cession de la société au moment de mon départ à la retraite. Epuisé financièrement par la mauvaise gestion de notre marché AREA/REGION, j’ai dû au cours de celui-ci me séparer de deux informaticiens, puis mettre en qq. sortes la clé sous le paillasson malgré notre potentiel.

Certes la Direction de l’AREA a fait des efforts pour soutenir ce projet qu’il aurait fallu laisser mûrir doucement à défaut de grands moyens que je n’avais pas, mais la désorganisation totale de notre bureau a été fatale. Nous avons laissé tous nos clients dans l’attente, renonçant encore à un contrat de cession de nos bases de données et logiciels MABOCO à une grande société parisienne pour une belle somme et un engagement de plusieurs années de prestations et de maintenance. L’AREA souhaitait disposer de l’exclusivité de notre produit selon une convention qu’elle nous proposait en juillet 2007, nous promettant .. mais laissée sans suite, le DG partait à la retraite !.

Seule, la confiance que je portais à la Région après 20 années de collaboration, soutenue par les promesses de la Direction, non tenues pour un partenariat national (diffusion aux SEM de France, Régions .. de notre compétence « informatique métier » par l’organisation nationale corporative  ), m’a forcé à poursuivre ce marché destructeur jusqu’au bout.

 

Tablier rendu avec regrets

 

Un peu fatigué par toute cette consommation d’énergie depuis mon démarrage de 1977,  déçu par cette dernière trop grande opération pour notre petite structure, au seuil de finir, 30 ans plus tard, ce que je pensais être une belle carrière, mais le cascadeur a loupé son dernier exercice, sa carrière  n’aura pas été couronnée.

J’avoue là que j’étais sorti de notre métier et que ce dernier exercice était de trop. Je venais de lâcher inconsciemment la main que m’a donnée l’UNTEC pendant ces trente années !

 

Maintenant que vous connaissez ma propension pour les choses compliquées, je peux vous avouer que dès 2007, j’ai eu le temps de réaliser en conception et réalisation, créant une entreprise TCE, la maison dont je rêvais en termes de fonctionnalités et de techniques. Un modèle basé sur les principes des constructions Cisterciennes sous tous ses aspects, le nombre d’or y est respecté, les orientations des pièces selon la vie intérieure et la course du soleil, mais encore les préceptes de la qualité environnementale que je n’ai pas manquée d’établir.

 

J’ai pu un temps organiser des présentations documentées à des groupes d’architectes et bureaux d’études techniques de la maison de l’architecture de Cannes, ainsi qu’à nos confrères du 06 entrecoupées d’un repas sympa au parc des bisons de Thorenc.

 

Je sais que j’ai été trop long dans ce propos, je pense encore que les nombreux détails, pour ceux qui auront eu l’envie et le courage de les lire, pourront être de nature à donner des idées pour de belles recherches professionnelles avec engouement et surtout retenir que la persévérance vient à bout de tout. Toutefois, compte tenu de ce dernier épisode que vous venez de lire, je ne peux que conseiller aux jeunes qui nous rejoignent de mettre un bémol en toute chose, soyez actifs, ingénieux, audacieux, mais prudents.

 

Bonne chance à vous tous actifs pour vos carrières, longue vie à l’UNTEC, notre famille.

 

alain dellapina, reconnaissant à l’UNTEC, à tous les confrères dont j’ai appris tant de choses.

avril 2022 ( historique écrit depuis mon minuscule et tranquille village du nord-ouest des Alpes Maritimes.)

 

 

Espace photos pour relater nos fêtes en images, congrès, sorties en groupe ou chez l’un ou l’autre mais souvent ensemble pour célébrer nos familles et notre métier, mais aussi nos chers disparus dont vous reconnaîtrez les plus célèbres d’entre eux.

 

 

Voilà la plus ancienne 1981 ou 82 au siège de la FB de Nice – Réunion UNTEC des Alpes Maritimes. Nombreux d’entre nous ont malheureusement disparus ..